Association des Amis des Forêts
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   Pandémie chez les arbres



13 janvier, par Pierre Desnos

Après Montmorency, La Malmaison atteinte par la maladie de l’encre

D’importantes coupes vont être réalisées dans le Bois de Saint-Cucufa (forêt domaniale de la Malmaison) à l’hiver 2020-2021. Des coupes plus importantes que d’habitude, sur de plus grandes étendues, parfois en coupes rases. Des riverains s’insurgent, une pétition circule. Un coup de folie aurait-t-il pris l’Office National des Forêt pendant la pandémie de coronavirus, l’office profiterait-il de la crise sanitaire pour récolter plus de bois et s’assurer des rentrées d’argent supplémentaires ? Heureusement pas, l’explication est malheureusement simple : les châtaigniers de ce massif sont atteints depuis plusieurs mois d’une maladie grave : la maladie de l’encre (Phytophthora cambivora) provoquée par des micro-organismes filamenteux de type Oomycètes.

Michel Béal, directeur Ile de France Ouest de l’office national des forêts explque : "La maladie de l’encre est un pathogène à mi-chemin entre le champignon et l’algue. Il se déplace dans le sol et c’est vraiment le dérèglement climatique qui favorise son développement. Un hiver doux, un printemps pluvieux et le champignons peut proliférer. Puis un été de sécheresse finit d’achever l’arbre. Avec moins de racines, il ne peut plus aller puiser l’eau plus profondément. L’arbre meurt et menace de chuter. Il représente donc un danger pour les promeneurs, ce qui oblige l’ONF à faire des "coupes sanitaires" sur des dizaines d’hectares."

Quelques chiffres officiels du peuplement de ce massif forestier de 200 hectares environ pour mieux comprendre la menace : châtaignier 44 %, chêne sessile 21 %, chêne pédonculé 10 %, hêtre 7 %, frêne 5%, érable sycomore 3 %, autres feuillus mélangés (bouleau, autres érables, charme, …) 8 % et les vides 2%.

Laissons encore M. Béal expliquer : " La forêt domaniale de La Malmaison est maintenant touchée, à son tour, par la maladie de l’encre qui atteint les peuplements de châtaignier. Et de ce fait, des coupes de bois sont inévitables. Cette maladie a commencé à être perçue en région parisienne, dans la forêt de Montmorency, en 2014. Dans cette même forêt, le phénomène s’est fortement accentué en 2018. A ce jour, 100 ha ont déjà dû y être coupés et sont replantés.

Nous avons communiqué par divers supports dont deux réunions publiques dans le Val d’Oise à laquelle participaient le Département de la Santé des Forêts du MAA et l’INRA pour expliquer cette crise sanitaire, les raisons, les symptômes de cette maladie qui n’a malheureusement aujourd’hui pas de remède. Pour les parcelles constituées de châtaigniers en peuplement quasiment pur, il n’y a pas d’autres solutions que de procéder à des coupes rases que nous limitons le plus possible en surface. De fait, ces coupes rases dues à la maladie de l’encre sont une des exceptions au principe que l’ONF s’est fixé en région parisienne depuis 2017 avec la sylviculture en futaie irrégulière.

Cette maladie touche maintenant bien d’autres forêts de la région parisienne et pour notre agence, il s’agit notamment des forêts de La Malmaison, Marly, Versailles, Meudon... Pour La Malmaison, des coupes ont effectivement repris depuis mi-novembre. Nous faisons en sorte qu’elles se déroulent l’automne et l’hiver, l’époque la moins défavorable pour la faune (oiseaux...) et par rapport à la fréquentation moindre des forêts par le public.

Il s’agit de :
* coupes sanitaires qui se traduisent par des coupes rases sur plusieurs parcelles de la forêt constituées de châtaigniers. Ces parcelles seront ensuite replantées par des essences résistantes au pathogène (chêne + autres essences en mélange : merisier, érables, alisier, cormier...)
* coupes de sécurité pour enlever des arbres morts ou devenus dangereux le long des chemins fréquentés par le public.

Contrairement à ce qu’affirment certaines personnes offusquées par ces coupes évidemment traumatisantes, l’O.N.F. a largement communiqué sur ces interventions.

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Notre association ne s’est pas jointe aux pétitionnaires demandant l’arrêt de ces coupes car elle en comprend la malheureuse nécessité.

Evidemment, la presse s’est emparée du sujet et un article est paru dans le Parisien du 27 décembre 2020.

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Notre association ne s’est pas étonnée des réactions, au demeurant compréhensibles, des riverains. Elle s’est en revanche fort émue d’un passage surprenant de cet article : « Dans ce cas, pourquoi ne pas complètement arrêter l’entretien, propose, avec un zest de provocation, Alain Baraton. jardinier en chef du Domaine national de Trianon et du Grand parc de Versailles. Après tout, les forêts n’ont pas eu besoin de l’intervention de l’homme pour vivre et se développer pendant des siècles.  » M. Alain Baraton a-t-il si peu de considération pour les forestiers qui gèrent les forêts domaniales ? Ses connaissances sylvicoles sont-elles si étendues qu’elles lui permettraient de juger de la pertinence des décisions des professionnels de la forêt ? A-t-il oublié dans quel état était le patrimoine arboré du Domaine National de Versailles avant le passage de la tempête Lothar en 1999 ? Ses compétences sont certainement immenses en matière de fleurs, nous en douterons en matière d’arbres, d’arbres en milieu naturel. A trop parler, on risque l’arrogance et on s’expose à dévoiler ses ignorances !